Aujourd’hui, j’ai décidé de m’attaquer une fois de plus à un gros morceau, puisqu’il s’agit de Blanche-Neige, film de 2012, réalisé par Tarsem Singh. Mon but est évidemment de faire particulièrement un focus sur les costumes de Eiko Ishioka.

Le Synopsis

On connait tous l’histoire de Blanche Neige, dont le père meurt et qui se retrouve sous le joug de sa jalouse belle-mère … La douce Blanche-Neige, bannie et menacée de mort par cette marâtre, se réfugie en secret dans la forêt et est recueillie par sept nains. Avec l’aide de ses nouveaux amis, elle va reconquérir son royaume.

Ma critique du film

Si l’histoire de Blanche Neige a été beaucoup exploitée, je dois reconnaître que l’angle du film propose quelques surprises. Les personnages, notamment, n’ont pas toujours le rôle qu’on leur aurait imaginé au départ. C’est le cas par exemple du prince (incarné par Armie Hammer), qui se fait subtilement voler la vedette, mais également de la belle-mère (par la talentueuse Julia Roberts), qui est représentée tellement humanisée qu’elle en devient tout à fait détestable. Ce n’est pas une sorcière (pas au sens où l’entendait le conte) juste une femme dont le principal défaut est la vanité.

Néanmoins, malgré un film haut en couleur (et je ne parle pas encore des costumes) et en personnages, j’avais été relativement déçu par un scénario assez plat et prévisible. Les personnages sont différents du conte, mais restent néanmoins très caricaturaux et sans surprise une fois leur caractère énoncé.

Fort heureusement, l’esthétique globale sauve le film ! J’ai sincèrement eu le sentiment que l’esthétique était le but du film, bien plus finalement que le scénario en lui-même. Chaque détail des maquillages, costumes et décors semble travaillé à la perfection pour faire de chaque scène un tableau vivant.

En résumé : c’est un film amusant, qui se regarde et que je conseille donc principalement aux amoureux de l’esthétique.

 

Les costumes par Eiko Ishioka

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je tiens à parler un peu de Eiko Ishioka (ce que j’en sais tout du moins). Il s’agit d’une artiste japonaise aussi bien en graphisme, qu’en vidéo, mais bien sûr également en costume. Blanche neige est le dernier film sur lequel elle a travaillé à la création des costumes, et qui lui a valu, à titre posthume, une nomination pour l’Oscar des Meilleurs Costumes. Elle a disparu à l’âge de 73 ans, des suites d’un cancer.

À présent, parlons costumes.

Au premier visionnage du film, je me suis interrogée sur qui était le personnage principal de ce film. Le titre Blanche Neige est bien sûr trompeur puisque le titre original était Mirror Mirror, ce qui semble décentrer l’attention sur la magie qui s’opère et la reine en elle-même.

Il faut d’ailleurs reconnaître que ce sont les dialogues (ou monologues) de Julia Roberts en reine qui font avancer l’histoire. C’est d’ailleurs elle qui apparaît en premier dans la liste des acteurs … que ce soit pour une histoire de cachet, ou pour une histoire d’importance du rôle. Et c’est elle qui, au début du film, annonce qu’il s’agit de son histoire. Elle est simplement démentie à la toute fin par son reflet.

Je me suis donc posé la question de qui mettre en premier dans cette étude costumes. Mais en réalité, ce sont les mélanges des genres entre les costumes et les différences visuelles qui créent l’identité des tenues et des personnages. Je vais donc adopter une démarche différente, en abordant les costumes par scène et bien sûr en ne mentionnant que les plus marquantes (ou autrement dit, mes préférées) :

 

  • L’exposition

Juste après une animation qui raconte l’histoire de Blanche Neige et de sa belle-mère, nous découvrons Blanche Neige (interprétée par Lily Collins), enfermée dans sa tour. Elle est pure, jeune, belle (n’oublions pas que c’est elle la plus belle évidemment) et parle aux oiseaux. Sa robe est simple, pastel, fleurie et avec des manches bouffantes comme celles d’une petite fille, dans un tissu léger et vaporeux. Tout en elle inspire l’innocence.

Notons au passage qu’elle est assortie aux murs de sa chambre, dans un style très champêtre.

Librement inspirée de costumes du XVIe siècle, cette robe de princesse aide à construire l’image du personnage autant que les dialogues.

Un peu plus tard dans l’histoire, elle y ajoute une cape jaune moutarde flambant neuve et lumineuse, qui est clairement faite pour conforter cette idée de princesse innocente, qui n’a pas encore mis un pied dehors.

Ce qui ajoute à l’intérêt de ce costume est le contraste qu’il crée vis-à-vis des autres personnages qu’elle rencontre. À sa visite dans le village, l’esthétique est travaillée pour que les différences soient creusées. La couleur de sa cape est “trop” vive, irréelle vis-à-vis des costumes de paysans vieillis et salis.

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Au contraire, sa robe est suffisamment simple pour se fondre plus facilement parmi les costumes des cuisinières qui l’accueillent chaleureusement. Bien que le contraste de couleur rappelle leur différence de rang, la similitude dans la simplicité est présente.

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Au contraire, la robe de la Reine est véritablement complexe. Alors qu’on découvrait Blanche Neige debout dans une tour (l’image même de la princesse en détresse), la reine est assise (affalée ?) sur un trône aussi démesuré que sa robe.

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Tout n’est qu’excès sur ce modèle : des épaulettes qui tiennent plus de l’armure que de la robe, pas moins de 7 manches superposées, des broderies qui parcourent l’intégralité de la robe, accompagnées de strass, etc.

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Mais la robe en elle-même ne ferait pas le même effet, si on ne la découvrait pas au milieu de ce qui semble être une partie d’échecs grandeur nature où les courtisans font office de pions. Ils sont d’ailleurs affublés pour l’occasion de chapeaux-bateaux qui ont la capacité de tirer pour éliminer un adversaire. Un détail complètement inutile et qui montre la frivolité du comportement de la reine et par extension de la cour.

  • Les scènes du miroir

Le film en anglais s’appelle Mirror Mirror et il s’agit bien sûr de l’histoire de Blanche-Neige, le miroir y a donc une place importante. L’originalité ici, vient évidemment du fait que le miroir, qui est personnifié dans le conte, ne soit ici qu’un “simple” reflet de la reine.

 

La robe que la reine porte pour passer le miroir est toujours la même et finalement assez différente de ses autres apparats :

Elle est plus sobre, moins couverte de broderies et pierres, semble également plus cacher son corps. Bien qu’elle garde son attitude en face du miroir, il semble que la reine soit moins sûre d’elle face à sa calme copie.

  • L’arrivée du prince au château

On peut remarquer que dans cette scène, la reine porte la même robe que dans la scène du miroir dont je parlais juste au-dessus. Mais ici, elle s’est ajouté une fraise gigantesquement démesurée. Ce qui ajoute à mon argument précédent.

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Le costume qui me plait le plus néanmoins dans cette scène, qui joue sur le comique de situation, n’est ni celui de la reine, ni celui du prince (Armie Hammer), mais celui du valet (Robert Emms). Lui aussi en sous-vêtements, sa tenue montre des dessous qui déforment la silhouette et fond entrer par conséquent l’ensemble des personnages dans le domaine du grotesque.

  • Le bal blanc

Blanche Neige se déguise pour se rendre à un bal costumé où tous les invités sont affublés d’accessoires plus incroyables les uns que les autres afin de ressembler à des animaux.

L’ensemble est grotesque et la caméra nous le montre. Qu’il s’agisse de coiffes, de détails sur les tenues ou d’apparats divers et variés, la tendance est à l’excès, au point d’en être ridicule.

Il m’a semblé que les robes étaient principalement inspirées (parfois très librement) du XVIe siècle, alors que les tenues des hommes étaient plus proches de tenues du XVIIe.

Quoi qu’il en soit, ce qui est flagrant est le contraste entre l’ensemble, et les trois personnages principaux dans la scène :

  • Blanche neige :

Tout d’abord, c’est le costume le plus simple de l’assemblée : elle est en blanc (elle a joué le jeu du thème), mais la seule fioriture ridicule est son chapeau de cygne, qui donne un sens au “déguisement”. Il est accompagné d’ailes, qui sont gracieuses et légères.

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Au moment crucial du scénario, la perte de sa coiffe va visuellement la transformer en ange (tout en blanc avec ses ailes), ce qui tombe à point nommé puisque c’est aussi la scène qui précède sa mise à mort par la reine.

Le costume continue à la présenter comme pure : ses intentions sont nobles ; elle est généreuse et douce : c’est la victime ici.

  • La reine :

Le costume de la reine se situe à l’opposé de celui de Blanche Neige. Nous l’avons déjà dit, elle affiche sa vanité. Au milieu d’un bal blanc, elle porte une robe rouge sang, ornée de plumes de paon blanches.

L’allure générale est grandiose et on ne remarque qu’elle au milieu de la foule.

Encore une fois, les choix semblent symboliques : les plumes blanches font écho au costume de Blanche Neige, qu’elle veut faire “plumer”, et le rouge symbolise bien son désir de la tuer, comme si son crime était déjà commis. Le rouge est d’ailleurs la couleur de la femme mure, alors que le blanc est celle de la mariée vierge. Le décalage entre les deux costumes semble indiquer que la reine ne se bat pas à armes égales ; elle est plus mature, elle connait la vie et sait manipuler le monde.

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  • Le prince :

Pour ce troisième personnage important, la décision semble avoir été de créer un costume intermédiaire. Dans cette scène, comme dans les suivantes, le prince est partagé entre la reine et Blanche-Neige. Ici, il n’est pas entièrement en blanc, car il a été habillé par la reine. Il se distingue donc par un chapeau haut de forme et un long manteau au revers rouge, assorti à la robe de la reine. Mais le prince n’a pas oublié l’inconnue qu’il a vu dans les bois et qu’il va reconnaître au bal : son costume est donc un mélange entre l’appartenance de son coeur à Blanche Neige et son côté redevable envers la reine.

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Néanmoins, le prince, bien qu’important aux yeux de la reine, ne doit pas l’éclipser en terme d’attention. Voilà pourquoi elle l’affuble d’oreilles de lapin, dont lui-même se moque.

Bien que, dans l’ensemble de mes articles, les réflexions sur les costumes ne soient que le fruit de mon observation sans appui sur source (autrement dit, il est probable que j’imagine certaines relations), je tâche évidemment d’être au plus proche de ce qui me parait cohérent. Ici, cependant, je vais réellement ajouter une touche personnelle de ressenti en mentionnant que ce costume de lapin n’est pas sans me rappeler un certain logo playboy … Je ne sais pas si c’est voulu, mais étant donné que le prince est véritablement traité comme un homme-objet par la reine … cela ne me parait pas incohérent …

  • Les nains et Blanche Neige

Tout d’abord, parlons des nains puisque la première apparition des nains ne comprend pas Blanche Neige.

Les nains dans ce film sont paradoxalement les plus grands et les plus petits personnages du film. Bien que l’on se doute de la supercherie à leur première apparition, le costume fait un véritable effet alors qu’ils arrivent perchés sur échasses.

Tant qu’ils sont géants, ils sont en mouvement, et on ne voit que très peu de détails de leurs costumes. Le plus flagrant restant ces accordéons en guise de jambes.

Une fois qu’ils sont descendus de leurs perchoirs, leur accoutrement est plus visible. Ni pauvres, ni riches, ils se situent dans un entre-deux : des vêtements aux couleurs sombres, usés, mais de bonne facture à première vue. Ils soignent leur apparence.

Ce que je trouve particulièrement remarquable est la manière dont les costumes les individualisent. Si la base du costume est très similaire entre les sept nains, ce sont les accessoires qui font de leur costume une entité unique. Pas deux chapeaux pareils, ni même deux tenues, leurs silhouettes sont différentes et semblent présenter leurs personnalités.

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Les nains sont évidemment des personnages cruciaux dans le scénario. Outre le fait qu’ils existent dans le conte original, ils sauvent Blanche Neige à plusieurs reprises, et celle-ci les sauve également.

C’est pourquoi j’ai choisi de parler de son costume, après qu’elle soit passée chez les nains.

En effet, après une rapide scène de transformation, où elle essaye des tenues plus ridicules les unes que les autres, elle trouve la tenue parfaite pour elle. Ici, on abandonne les jolies robes de princesses et les couleurs pastel. La tenue est noire, comme celle des nains, avec une touche de bleu et quelques broderies pour rappeler le côté royal. La silhouette est plus droite, mais libère le mouvement et permet de passer d’une Blanche-Neige petite fille à une Blanche-Neige femme. C’est d’ailleurs dans cette tenue qu’elle combattra et embrassera le prince.

  • Les déshabillés de la reine

Étant friande de costumes d’une manière générale, c’est toujours un plaisir pour moi de voir les dessous d’un costume, qu’ils soient réalistes ou non.

Dans ce film, nous avons à plusieurs reprises l’occasion de voir la Reine en sous-vêtements ou en tenue plus légère.

  • La tenue pré-traitement

Ici, je parle du “déshabillé” qu’elle porte pour faire son traitement esthétique. Il s’agit d’une sorte de robe de chambre blanche aux broderies dorées.Bien que le col soit très chargé, ici, nous ne sommes plus dans de la tenue d’apparat. Elle semble plus vulnérable, moins sûre d’elle et de sa beauté.

  • La tenue de séduction du prince

Bien que toujours dans une tenue de “nuit”, ce déshabillé est beaucoup plus riche que le précédent. Bien qu’elle espère que le prince la déshabille, elle cherche aussi à lui plaire. Le tissu est riche et couleur or avec des motifs. La robe est travaillée et chargée.

  • La structure de la robe de mariée

Sans aucun doute mon costume préféré dans ce film, bien qu’il ne s’agisse pas d’un “costume” fini à proprement parler. Le mécanisme d’accroche du corset avec un système de poulie rappelle certaines illustrations de la fin du XVIIIe siècle avec beaucoup d’humour.

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Avec cette troisième tenue, on est clairement dans la vanité de la reine qui n’admet pas avoir grossi (et cela n’est pas sans me parler …).

  • Le mariage raté

Maintenant que j’ai parlé de cette fameuse structure, je me sens obligée d’aborder la scène du mariage, pendant laquelle les tenues sont les plus extravagantes de toutes.

En une fois, la cour s’adapte aux frasques de la reine avec des tenues extravagantes. Mais après le bal en blanc, ici le thème est à la couleur, et même au bariolé. On retrouve des tissus de tous horizons et de tous motifs, mélangés et superposés.

L’ensemble est étonnant, car il continue à créer une cohérence d’ensemble malgré autant de diversité. Les perruques et accessoires complètent bien entendu l’ensemble.

Je parlais tout à l’heure de sous-vêtements, la fin de la scène nous permet de voir les sous-vêtements de la cour et l’on n’est pas déçu. On se retrouve dans un monde de faux-semblants et de ruses mises à nu.

J’ajoute une ici une petite parenthèse pour la très jolie queue d’écrevisse détachable ci-dessous, faisant d’une seule robe, deux robes très différentes, mais tout aussi originales …

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Quant à la reine, elle est toujours dans la démesure : sa robe gigantesque semble avoir du mal à rentrer dans le carrosse … C’est une débauche de tissu et le contraste est d’autant plus grand avec ses invités dénudés. Elle est étrangement assez peu chargée en terme de pierres et bijoux néanmoins. La reine pense qu’elle est sur le point de gagner ; elle ne soupçonne pas que Blanche Neige puisse encore la concurrencer et on peut imaginer que son style vestimentaire va aller en se simplifiant.

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  • Le vrai mariage

Pour finir, je parlerai simplement de la scène finale, la conclusion du film sur un air entraînant. On se rapproche beaucoup d’une ambiance Bollywood dans cette scène, dont même la musique rappelle les accents.

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Pour parler rapidement de la foule, chacun semble habillé comme bon lui semble ; un symbole de liberté implicite, mais discret.

Quant à la robe de Blanche Neige, c’est le clou du spectacle. Elle a repris le pouvoir, a vaincu sa marâtre et s’apprête à vivre sa vie de femme. Sa robe ressemble aux robes du début, mais plus vive, plus extravagante. Il ne s’agit plus d’une petite fille timide à présent, mais une belle jeune fille qui a ramené la joie dans son royaume.

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Les détails sont plus chargés, mais la silhouette est bien définie. La coiffure met en avant son diadème. C’est clairement une princesse qui termine ce film.

Pour aller plus loin :

Quelques articles à lire :

Compléter votre médiathèque :

Des patrons pour cosplayer : (les patrons sont des inspirations ou bases qu’il faut modifier pour obtenir le costume final ; la liste est non exhaustive)

 

La parole est à vous :

  • Qu’avez-vous pensé du film ?
  • Qu’est-ce qui est le plus important : la fantaisie ou le respect de l’histoire ?
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