Dans un genre à la fois plus sombre et plus léger, attaquons-nous aujourd’hui au film Dark Shadows de Tim Burton.

Le Synopsis

Barnabas Collins (Johnny Depp) vit au XVIIIe siècle avec sa famille lorsqu’une dispute avec une sorcière lui vaut de voir la mort de sa bien-aimée, d’être lui-même transformé en vampire, puis enfermé dans un cercueil qui ne sera ouvert que 200 ans plus tard. C’est donc dans les années 70 que ce vampire des temps anciens se retrouve plongé, et il va tenter tant bien que mal de remettre en place les vestiges de sa vie passée.

Ma critique du film

Tim Burton est un de mes cinéastes préférés, mais je dois bien admettre que ce n’est pas son meilleur film, loin de là. En revanche, ce film, qui joue beaucoup sur le comique de situation, a de nombreuses qualités.

Tout d’abord, les costumes et les décors sont travaillés pour être en décalage entre le XVIIIe siècle et les années 70, deux périodes que l’on ne pourrait imaginer plus lointaines. Et ce décalage est bien souvent réussi. Barnabas, sombre et vêtu de noir, ouvrant la porte d’un cabinet secret dans un château du XVIIIe siècle et tombant sur une collection de macramés multicolores est un vrai clin d’oeil comique.

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La deuxième chose que j’apprécie sur ce film est justement ces clins d’oeil. Le film est rempli de références aux films de Tim Burton lui-même, et au cinéma en général. Dire si ces références sont voulues, ou si c’est moi qui ai beaucoup d’imagination en regardant ce film, je ne saurais dire. Mais j’aime ce côté clin d’oeil.

La troisième raison pour laquelle ce film est selon moi de qualité est le casting. Entre Johnny Depp, Eva Green, Helena Bonham Carter et Michel Pfeiffer, le spectateur n’est pas en reste. Et bien que certains passages semblent parfois décalés, et étranges, les acteurs restent dans leurs rôles du début à la fin.

Pour finir, j’ajouterais que j’ai particulièrement apprécié le cadrage du film, qui prend quelques partis-pris intéressants : notamment beaucoup de plans en plongée ou contre-plongée qui désaxent la vision et permettent d’observer la scène du point de vue de l’enfant ou de l’adulte alternativement.

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En conclusion, un bon moment à passer selon moi.

Les costumes de Colleen Atwood

Ce film est un ensemble de contrastes, une sorte de clash des titans entre le XVIIIe et le XXe siècle, entre le sombre et la couleur, entre l’uni et le motif, entre la richesse et le “cheap”, entre l’or et le plastique.

Voilà pourquoi je ne présenterai qu’un seul personnage en lui-même, car chaque costume n’a selon moi de sens que comparé aux autres.

  • Barnabas et sa famille

Par “famille”, j’entends au sens large les Collins. Dans un premier temps nous avons dons ses parents.

Nous découvrons Barnabas enfant (très brièvement) : fils d’immigrés à une époque où le mot n’était pas connoté, sa famille fait fortune en Amérique à travers la vente de marchandise. La richesse à l’époque s’affiche sur les vêtements, les parents de Barnabas n’y font pas exception. Néanmoins, la richesse du XVIIIe siècle n’est pas non plus dans l’excès et l’ensemble reste très sobre : le noir est de mise notamment.

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Une fois grandi, sa silhouette se complexifie quelque peu puisque c’est à présent lui qui a le “pouvoir” de la famille. Et il semble presque assorti à la splendeur du château, toujours dans un aspect “riche modeste”.

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Une fois enfermé, puis libéré de son tombeau, Barnabas revient à sa maison qu’il a tant aimée pour la retrouver en piteux état. Néanmoins, il reste positif et entreprend de la remettre à neuf. Notons que la maison seule n’est pas en piteux état. La première personne qu’il rencontre est le seul serviteur restant du château, débraillé et dans des vêtements jaunis.

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Puis vient la vieille dame, assise dans son fauteuil. À l’image des murs, elle est décrépie, décrite comme inutile, mais elle est là. Elle reste.

On continue la présentation des personnages principaux à Barnabas : apparaît donc ensuite Elizabeth Collins Stoddard. C’est le personnage de la famille le plus proche de Barnabas. Elle a également l’honneur de la famille en tête, à cela prêt qu’elle ne sait pas le comment le restaurer. Elle est vêtue de noir, et leur ressemblance (costume) est immédiatement reconnaissable. Sa tenue est sobre, mais travaillée de dentelle : un chic discret.

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Au fur et à mesure du film, on la découvre mieux. Elle sait se montrer forte, elle veut faire grandir, mais également protéger sa famille. C’est une femme de caractère. Elle abandonne parfois le noir, notamment quand l’avenir de la famille semble moins sombre.

Carolyn Stoddard, en revanche, est tout l’inverse : tenue sexy (quelque peu intemporelle ou en tout cas moins datée que d’autres), pieds nus, elle est présentée avachie sur un fauteuil pendu au plafond, au milieu d’objets datés, et datant des années 70. Si sa mère est en noir, Carolyn est dans un monde de couleurs.

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Carolyn est d’ailleurs rarement droite. Au cours de ses différentes apparitions, elle est souvent avachie, allongée, et même debout, la tête de travers.

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C’est un personnage à part. C’est une ado, elle appartient à la famille tout en se sentant à part, et son caractère rebelle se dévoile au fur et à mesure à travers ses actions, et même sa transformation finale.

Le personnage suivant, Roger Collins, est beaucoup plus sobre. Veste grise, pull col roulé, il n’a pas pris l’originalité des années 70 dans sa tenue. Mais il n’a pas non plus le “chic” de la chef de famille. Il est dans un intermédiaire un peu plat.

Ses tenues ne deviennent guères plus extravagantes au fur et à mesure du film, mais il ne porte jamais que du noir. En cela, il n’est jamais comme Barnabas. Ce sont deux personnages très différents, que ce soit dans leur manière de faire les choses, dans leurs intérêts pour la famille, ou dans leur manière de traiter les femmes.

Pour finir, bien qu’elle ne fasse pas réellement partie de la famille, je parlerai du docteur Julia Hoffman, la psychologue.

Ses tenues sont celles d’une femme qui a grandi dans une autre mode et essaye d’adapter la mode actuelle à son âge adulte, selon moi.

Elle porte des tenues sobres, agrémentées d’une touche de couleur ou de motifs extravagants. Son caractère est similaire : sous sa façade blasée et alourdie par l’alcool se cache une femme intelligente, curieuse et qui cherche à faire des expériences folles.

Ses tenues sont toujours en parfait contraste avec Barnabas. Et même lorsque leurs deux tenues sont de la même couleur, le orange de ses cheveux creuse un fossé entre eux deux.

Pour finir, je parlerai de David Collins, le fils de Roger. C’est le seul personnage qui s’envisage à part, selon moi. C’est un petit garçon fragile et malmené par son père et sa cousine qui pourtant détient la vérité et la solution du film. Il me rappelle beaucoup le personnage de Vincent Malloy, à la fois fragile et fort. Ses costumes sont sobres, il sait s’accorder simplement à la famille et rappelle bien sûr Barnabas petit.

Malgré leurs différences, ils s’affichent clairement comme une entité de famille, avec sa fierté ancestrale. Autant l’affiche que certaines images du film me rappellent d’ailleurs une ambiance décalée à la Famille Addams avec chacun sa personnalité, mais une unité globale.

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  • Barnabas, Josette DuPres et Victoria Winters

Ce film tourne autour de l’histoire des Collins, mais évidemment rien ne serait arrivé sans une histoire de coeur.

Le premier amour de Barnabas, Josette, est un personnage que l’on voit beaucoup plus longtemps morte que vive. Paradoxal, et pourtant son rôle est évidemment crucial. Elle ne porte que deux robes sur tout le film, dont une seule est réellement bien visible.

Sa première apparition permet simplement de voir son influence sur Barnabas. En effet, le noir du costume de Barnabas s’est éclairci de fleurs assorties à sa robe.

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Quant à sa deuxième apparition, elle s’accorde à la scène. Forcée au suicide, elle saute de nuit du haut d’une falaise devant les yeux de Barnabas, impuissant à la sauver. La scène est bleue, sa robe aussi. C’est la robe qui la poursuivra dans le monde des morts, et le bleu sied aux fantômes. Sur elle, la couleur semble surtout celle de l’innocence, de la naïveté, et globalement tout l’inverse de ce qu’on verra comme couleurs sur Angélique.

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Victoria, quant à elle, l’image vivante de la défunte Josette, et qui entretien des conversations régulières avec celle-ci, semble venir d’un autre monde, un monde où les années 70 ne sont pas encore avérées.

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Toutes ses tenues sont conformes à son attitude chaste, qui cache, bien sûr, un passé sombre, et un futur qui dans un sens l’est encore plus. Quelle que soit l’occasion, ses tenues couvrent la plupart de ses atouts féminins, même à la soirée (où Alice Cooper chante en camisole de force). Elle ne se dévoile pas et en cela contraste on ne peut plus avec la flamboyante Angélique.

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Tout comme son ancêtre, le bleu est sa couleur dominante. Plus ou moins présent selon les scènes, elle a toujours une touche plus ou moins claire de la couleur. Mais à sa première apparition, on remarque ce rouge sang qui “tâche” ses vêtements.

Néanmoins, plus elle se rapproche de Barnabas en tant qu’elle-même, plus la couleur se fait discrète.

En revanche, dans la scène où elle risque de subir la même fatalité que Josette, sa robe est du même bleu, simplement plus moderne.

Toujours dans des tenues légères et printanières, elle est constamment en contraste avec Barnabas, et son lourd costume, affublé en prime en extérieur de lunettes de soleil, chapeau et parapluie.

C’est de ce contraste que nait leur amour, mais cet amour ne peut perdurer que lorsque l’un des deux rejoint l’autre dans sa situation, au point de “s’assombrir” pour lui.

  • Angélique et Barnabas

Finalement, ils sont le duo le plus charismatique du film. Car bien que Victoria est un rôle important, finalement c’est la jalousie d’Angélique qui permet à l’histoire de se dérouler. Ou comment la jalousie d’une femme peut détruire des vies …

C’est également le seul autre personnage que l’on suit de l’enfant à l’adulte, et du XVIIIe siècle à 1970.

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Son statut de sorcière n’est pas un secret conservé longtemps et dès les premières scènes, il est dévoilé. Je me dois de parler du magnifique corps à baleines qu’elle porte dans sa scène de sorcellerie. Peu importe qu’il s’agisse normalement d’un sous-vêtement, ici, la pièce est parfaite.

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L’image d’Angélique, triomphante, au-dessus du cercueil est l’image que Barnabas va conserver pendant 200 ans … c’est également celle qui reste à l’image pour le passage à 1970.

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Mais si Barnabas sort de sa tombe tel qu’il était et tente de s’adapter au monde nouveau qu’il découvre, Angélique, elle, a très bien réussi son évolution. Elle est aussi efficace que Barnabas est perdu. Elle contrôle à présent la ville de celui qui l’a trahie (à ses yeux), et est devenue une femme d’affaires telle qu’il n’y en avait pas réellement à l’époque.

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Ses tenues sont inspirées de tenues d’hommes adaptées à un très beau corps de femme.

Le tout affublé de dessous particulièrement sexy, car les années 70, c’est également la liberté sexuelle …

Elle est aussi chic que Barnabas est ancien, aussi déterminée qu’il est perdu. Dans une scène en particulier, les standards homme/femme sont inversés avec un Barnabas en robe de chambre alors qu’Angélique est en pantalon chemise, par exemple.

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Elle est également l’opposé de Victoria. Elle aussi perverse et destructrice que Victoria semble chaste et guérit les plaies de Barnabas. Les scènes entre Barnabas et Angélique finissent souvent en chaos, qu’il s’agisse de sexe, ou même de la scène finale. Il y a une forme de passion dans leur relation, mais qui s’approche plus de la pulsion que de l’amour.

L’apothéose vestimentaire de ce personnage est pour moi la robe rouge de la soirée, où le personnage d’Angélique est le plus provocateur avec sa robe rouge à paillettes qui rappelle Jessica Rabbit.

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Elle finit le film avec un costume moins flamboyant, mais également plus travaillé : une sorte de robe/déshabillé qui oscille donc entre vêtement de dessous et dessus, mais où elle reprend la couleur noire, comme pour se rapprocher de son amant.

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Je ferai simplement une petite parenthèse ici sur le maquillage sublime de cette scène où son visage se casse en morceaux petit à petit comme une poupée de porcelaine au fur et à mesure qu’elle admet que Barnabas ne reviendra jamais elle. Elle finit d’ailleurs par aller jusqu’à lui tendre son “coeur brisé”.

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Pour aller plus loin :

Quelques articles à lire :

Compléter votre médiathèque :

Des patrons pour cosplayer : (les patrons sont des inspirations ou bases qu’il faut modifier pour obtenir le costume final ; la liste est non exhaustive)

Et pour finir un tutoriel de maquillage sympa pour faire la poupée craquelée

La parole est à vous :

  • Qu’avez-vous pensé du film ?
  • Quel est votre duo préféré dans ce film ?
  • Quel est votre Burton préféré ?
  • Avez-vous d’autres liens à donner concernant cet article ?

Dites-moi tout en commentaire …

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