Aujourd’hui, repartons dans les contes de fées, avec une analyse costume d’Into The Woods, Promenons-nous dans les bois, un film de Rob Marshall.

Le Synopsis

Une sorcière propose à un boulanger et sa femme de les aider à avoir un enfant s’ils l’aident en retour à lever un charme. Cela va les mener à la rencontre de nombreux personnages de conte de fées bien connus …

Ma critique du film

J’ai toujours été attirée par les films ou séries qui s’inspirent des contes de fées et les transforme. Ces derniers temps, le cinéma et la télévision américaine regorgent de ce genre télévisuel, avec des films comme Les frères Grimm, ou des séries comme Once Upon A Time, par exemple.

Ayant moi-même eu l’occasion de lire les contes originaux, et d’en réaliser toute l’horreur, j’apprécie quand une oeuvre revient aux sources du conte pour le dévoiler dans sa forme initiale, comme c’est le cas ici dans les contes de Cendrillon et Raiponce.

Ceux qui lisent ce blog sont déjà au courant que je suis une amatrice de comédies musicales, que ce soit en film ou sur scène … le mélange des deux univers précédemment décrits m’a donc immédiatement plu.

Je savais au départ qu’Into The Woods était une comédie musicale très appréciée des Américains, mais j’avoue que ce fait ne m’est revenu qu’après avoir vu le film. À vrai dire, au moment de voir le film, je n’avais même pas réalisé qu’il s’agissait d’une comédie musicale. La bande-annonce que j’avais eu l’occasion de voir était très intrigante, avec une musique rythmée … mais aucune chanson. Je ne m’y attendais pas et c’est donc une agréable surprise qui s’est ajoutée à l’anticipation de découvrir ce film.

Ce que j’aime également dans ce film est le fait que la fin n’a rien de prévisible. Elle est surprenante, un peu sombre, comme la vraie vie finalement … et cela rend l’histoire au final plus poignante.

Quant au fait que la costumière soit Colleen Atwood, cela n’a évidemment rien gâché puisque j’avais déjà pu admirer son travail dans Dark Shadows (mon article sur le film et ses costumes ici), ou encore dans Blanche neige et le chasseur. Je n’ai d’ailleurs pas encore eu l’occasion de voir la suite de l’opus, ne serait-ce que pour découvrir les costumes (mon article sur la bande-annonce ici).

Les costumes de Colleen Atwood

Les personnages dans le film sont autant identifiés par leurs chants que par leurs costumes. Et comme dans la plupart des contes, leurs costumes varient peu.

Cendrillon et sa famille

Cendrillon est le premier personnage que nous découvrons dans le film. C’est la première à émettre un souhait.

Nous découvrons son costume de “souillon” : elle est pratiquement en sous-vêtements avec un corps à baleines sur une chemise. Son costume est usé, sali, délavé par les années. Le travail de patine est extraordinaire dans ce film …

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Elle est dans des tons assez neutres, dans des couleurs naturelles. Le costume donne une impression simple, mais est très travaillé. Il comporte de nombreuses coutures visibles et la découpe est originale.

À l’exception de ses manches au format “engageantes”, Cendrillon n’a pas de “froufrou” ou de décoration sur son costume. Ce sont les découpes qui lui donnent à la fois sa simplicité et sa structure.

Et cela contraste donc d’autant plus avec les costumes de sa belle-mère et de ses deux belles-soeurs dont les costumes sont couverts de rubans, dentelles et motifs.

Elles donnent cependant la même impression de sous-vêtement que la souillon, mais avec des noeuds dans les cheveux, ou des papillotes, montrant qu’elles n’ont pas terminé de s’habiller, contrairement à Cendrillon dont le costume est visiblement entier et unique (elle le porte tous les jours).

Lorsqu’elles ont fini de s’habiller, la démesure est de mise avec des excès en terme de motifs, et des matières riches : velours dévorés, dentelles, paillettes et plumes complètes des tenues déjà chargées.

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Lorsque sa “famille” s’en va et que Cendrillon décide de se rendre dans les bois, nous voyons que même ses bas sont troués. Le sens du détail est clairement au rendez-vous sur ce film. C’est un plaisir.

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Une fois arrivée à l’arbre de sa mère, c’est celle-ci que nous découvrons perchée dedans : sa tenue se distingue mal, mais le tissu choisi (sans doute un crêpe) a des reflets qui rappelle le jeu du soleil contre un tronc ou dans des feuilles. Un très bon choix donc, et dans des couleurs à la fois proche de l’arbre et de Cendrillon elle-même.

Et si cela est vrai dans sa pauvre tenue salie, ça l’est encore plus une fois sa robe transformée. La robe est dorée, mais d’un or sombre, et là aussi avec un tissu qui n’est pas lisse est brillant, mais complexe, comme un crêpe en lamé, avec de légers motifs sur le décolleté et les épaules. C’est l’arbre qui lui a “fabriqué” sa robe dans l’histoire, et clairement elle emporte une partie de l’arbre avec elle.

De la même manière, les chaussures ne sont pas lisses (ne sont pas en verre ni en vair d’ailleurs) et donnent également ce sentiment “d’écorce”.

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La robe est légère, et assortie aux fameuses chaussures bien sûr, et ne dénote pas au palais. C’est encore plus vrai avec les jeux de lumière qui sont faits dans la fameuse chanson où elle est collée aux marches du palais. L’ambiance colorée a été travaillée en accord avec les costumes (ou l’inverse bien sûr).

Puisqu’évidemment un conte de fées sans mariage n’existe pas, Cendrillon doit revêtir une robe blanche pour son mariage avec le prince (qui soit dit en passant, n’a pas pris la peine de changer de costume …). C’est ce à quoi elle aspirait, et à ce moment du film, tout lui semble parfait.

Mais le film ne s’arrête pas là et Cendrillon, qui a du mal à trouver sa place au palais, va remettre sa tenue de servante au moment où elle s’aperçoit que l’arbre de sa mère n’est plus. Une fois confrontée aux malheurs de la vie, elle revient à sa tenue la plus simple, mais dans un sens celle qui l’a également forgée.

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C’est dans ce nouveau contexte qu’elle va trouver sa nouvelle vie, une vie plus équilibrée et qui lui ressemble plus.

Jack et sa mère

Jack est un petit garçon, pauvre, mais très affectueux. Il est vêtu lui aussi de vêtements sales, abimés, troués.

Son pull bleu rayé semble presque assorti à sa maison, mais surtout finalement au ciel qu’il va aller découvrir. Il est rêveur, il a la “tête dans les nuages”, au sens propre et figuré.

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Son pantalon est marron, avec des motifs qui rappellent presque de la paille ou encore une fois des arbres, faits avec une surcouche de tissus qui lui donne un aspect très usé également.

Sa mère a des couleurs plus terrestres quant à elle. Elle est vêtue d’une chemise blanche qui est travaillée et brodée, mais clairement très usée, recouverte d’une robe grise. La seule touche de couleur qu’elle porte est son écharpe. C’est une femme qui est triste, désabusée de la vie, mais qui rêverait d’avoir plus que ce qu’elle n’a. Son linge qui a une époque était riche le montre bien.

Au milieu du film, la famille devient riche et peut donc se vêtir comme ils le souhaitent. Jack est désormais dans une veste ocre, qui recouvre son côté “bleu” et rêveur. Sa veste a également un côté usé. Il a compris sa leçon, mais fait toujours preuve d’optimisme à ce moment-là (ses couleurs sont plus claires que celles de sa mère) et n’a pas besoin de vêtements riches.

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En revanche, sa mère est vêtue de plumes et fourrures et en cela se rapproche plus de la belle-famille de Cendrillon.

Le boulanger et sa femme

Le boulanger et sa femme ne sont pas spécialement riches, mais se placent au-dessus des deux précédents. Ils sont d’une classe ouvrière, mais peuvent se permettre de posséder une maison, une boutique et même d’offrir au petit chaperon rouge des gâteaux lorsqu’elle le demande.

Leurs costumes sont dans un premier temps des tenues de travail : manches retroussées (avec de très beaux smocks pour Madame), tabliers et tenues assez légères pour un métier où le four n’est jamais loin.

Leurs costumes sont moins usés que les précédents, mais sont en revanche couverts de farine.

Je fais ici une petite parenthèse sur le père du boulanger, que l’on aperçoit lors du récit de son larcin : bien que la majorité de l’histoire se passe dans la pénombre, nous avons la possibilité de remarquer qu’il porte plusieurs couches de vêtements, et notamment un très beau manteau brodé en relief. Clairement, la famille a plus de revenus que les deux héros précédents.

Une fois que la décision est prise de se rendre dans les bois, la boulangère se rhabille avec une robe longue, plus couvrante, et à l’aspect très étrange. Les motifs sont chargés, assez irréguliers, et l’ensemble donne un aspect assez riche puisqu’une partie du costume est faite de velours est rubans.

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Quant à son mari, après avoir refusé le manteau de son père, il en prend lui-même un autre, assez couvrant également, et avec des parties qui semblent même être en cuir.

Le couple passe à l’occasion d’une gamme de couleur bleutée à une gamme plutôt rouge et ocre, plus adaptée aux couleurs de la forêt, et également plus chaude puisqu’ils vont sur le chemin de leur future réussite. La couleur bleue reste, mais plus discrète.

Au fur et à mesure de leurs périples, nous découvrons les costumes sous d’autres angles, et notamment même à certains moments les sous-vêtements.

Des accessoires viennent également jouer un rôle, que ce soient les cheveux de Raiponce que la boulangère met en écharpe, ou bien l’écharpe qu’elle porte au moment de sa mort qui “prouve” donc à son mari sa disparition.

Au moment de sa grossesse soudaine, nous avons l’occasion de voir la robe se transformer en robe adaptée pour la grossesse. On peut également voir à cette occasion qu’elle est faite d’une sous-robe est d’un “manteau”. La première partie est dans des couleurs plus “terre” et couvre sont ventre, fruit de la “nature” (ou de la sorcière …). Cette partie ressemble presque à un patchwork.

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Au moment du mariage de Cendrillon, le bébé est né, tout vêtu de blanc, tandis que le boulanger a repris sa tenue bleue : il ne s’est pas encore fait à son rôle de père. Quant à sa femme, elle est heureuse et bien qu’elle conserve du bleu, est reste donc assortie à son mari, c’est le rouge qui touche sa peau à travers sa robe.

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Mais à leur retour dans les bois, elle fait un écart en embrassant le prince, et finalement le bleu de sa robe va être assorti à son “amant”. À sa mort, la dernière chose que nous voyons est la manche de sa robe rouge passion.

Après la mort de sa femme, le bleu de la tenue du boulanger prend tout son sens, et l’ambiance du film est à la morosité : même le bébé est donc assorti à son père puisque le bleu prend des teintes bleutées.

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Et lorsque sa femme lui réapparait à la fin du film, le bleu prend le pas sur les autres couleurs. Notons d’ailleurs que ce n’est pas dans la dernière tenue qu’elle avait qu’elle refait une apparition, mais bien dans celle avec laquelle elle a eu son bébé.

Le petit chaperon rouge et sa grand-mère

Vous l’aurez compris, le bleu est de mise dans ce film. Le petit chaperon rouge, contrairement à ce qu’on pourrait penser, n’y échappe donc pas : la petite fille est vêtue d’une robe bleue, très soignée, avec de très beaux smocks, des plis et des jupons. Malgré ses larcins qui pourraient laisser penser qu’elle est pauvre, sa tenue nous apprend plutôt que sa famille est riche.

Sa cape rouge est elle-même découpée de motifs floraux. C’est large cape sans manches, assorti à ses bottines rouge vif.

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Au cours du film, elle donne au boulanger sa cape et s’en refait une avec la peau du loup. Elle abandonne donc ses couleurs vives de petites filles pour donner une impression beaucoup plus féroce : la nouvelle cape lui fait comme une carapace.

À la fin du film, lorsqu’elle a perdu sa famille, la cape protectrice a également disparu.

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La grand-mère, quant à elle, est la fragilité même : elle n’apparait que très peu et uniquement dans une chemise de nuit blanche en coton.

Le loup

Incarné par Johnny Depp, le loup est un personnage très intéressant. Il n’est effectivement pas facile de réussir à rendre un loup humain sans perdre l’intérêt de l’histoire, et le personnage ici est très réussi, que ce soit par son jeu ou par son costume.

Pattes, oreilles et queue identifient clairement le personnage comme un loup (sans compter notre esprit qui connait l’histoire, bien sûr), mais son allure générale est plus celle d’un vendeur à la sauvette, d’un arnaqueur, et d’un homme dérangé. Son manteau peut cacher des bonbons, son chapeau et sa cravate lui donnent un décalé de quelqu’un qui ne devrait pas être dans les bois et encore moins cueillir des fleurs, et les motifs de sa tenue donnent un aspect “poilu” à l’ensemble sans que pour autant le manteau soit fait de fourrure. Une belle réussite.

Raiponce

Raiponce est toute vêtue de robe dans sa tour bleue. Sa robe est très légère, peu abimée, mais complexe. Sa robe lui donne un aspect poupée qui a pâli au soleil sur une étagère (ou dans une tour) et a presque un côté poussiéreux.

Elle contraste d’autant plus avec le costume de la sorcière : Raiponce n’a clairement jamais mis un pied dehors, ce qui n’est pas le cas de sa “mère” qui fait très “grand voyageur” en comparaison.

La robe de Raiponce est faite de liens : son costume est  un emprisonnement à lui tout seul : un peu comme une cage dorée (mais rose).

La pièce autour d’elle est blanche, comme si ses meubles avaient délavé avant elle.

Après que la sorcière ait découvert son amour pour le prince, elle fait disparaitre (du moins c’est ce qu’elle croit) Raiponce dans un marécage. Mais le prince finit par la retrouver.

Raiponce porte à ce moment-là le même costume, plus sale, mais elle a encore tout à faire pour se “délivrer” de sa prison.

Il n’y a qu’au moment de son mariage qu’elle a une protection supplémentaire, sa cape du même vieux rose que la robe.

Les princes

Les deux princes sont des caricatures du prince charmant que l’on peut voir dans les contes de fées.

Habituellement, c’est la princesse qui se languit de l’amour qu’un prince lui apportera. Ici, c’est le prince qui cherche à trouver l’amour, comme si c’était la seule chose qui importait.

Le prince de Raiponce est habillé assez simplement, mais les détails sur sa veste noire montrent sa richesse : broderies, motifs et épaulettes lui confèrent du maintien.

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À l’inverse, le prince de Cendrillon a un costume assez chargé et plus complexe, tout en dorure. Notons que les dorures du prince sont donc assorties à la robe de sa princesse.

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Alors que dans le cas de Raiponce, le prince va abandonner sa veste avant de retrouver sa princesse, le prince de Cendrillon reste identique à lui-même du début à la fin. L’apparence joue beaucoup plus lui, et il ne changera pas, même après avoir l’impression de trouver l’amour.

C’est dans la scène où il embrasse la boulangère qu’il retire sa veste, comme si sa veste correspondait à son apparence de prince  : dans cette scène il se dévoile sous son vrai jour.

Je note également avec amusement cette scène où les deux princes se croisent sur leurs chevaux respectifs et où leurs couleurs sont inversées : le cheval noir et le cheval blanc révélant le fond de l’âme de chaque prince.

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La géante

Nous ne la voyons que très peu, et jamais en entier, le costume de la géante semble également complexe et travaillé. Elle vient dans une humeur sombre, après la mort de son mari, elle est donc vêtue de couleurs sombres, sans doute avec une majorité de noir.

Puisque nous ne la voyons jamais en entier, le costume a été travaillé dans les détails et les matières : dentelles, peau, motifs et usure …

La sorcière

Interprétée par la talentueuse Meryl Streep, la sorcière est finalement le rôle principal du film puisqu’elle est l’instigatrice de plusieurs intrigues.

Sa première apparition se fait sous la forme d’une silhouette et est l’élément perturbateur de l’histoire. Nous ne voyons que très peu d’elle : des haillons noirs ou gris, des mains crochues et des cheveux en bataille et c’est à peu près tout.

Lorsqu’elle raconte son histoire, nous voyons des détails de sa silhouette passée. C’est une créature de la nuit, le bleu est sa couleur principale dans ces extraits.

Tout au long du film, elle apparait à intervalles réguliers comme rappel que le temps passe. Et certaines de ses apparitions permettent de mieux voir sa tenue : sa robe a un aspect “musculaire” : comme des fibres entrelacées les unes sur les autres qui constitueraient son corps. Les volumes sont disproportionnés et donnent un aspect relativement difforme à l’actrice.

Au moment de sa (re)transformation, la sorcière se redresse, rajeunie visuellement, et son costume également : les plis sont toujours présents, mais semblent plus rangés. Sa robe devient tout à coup plus légère et d’un bleu nuit qui correspond à sa chanson “The last Midnight”.

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Pour aller plus loin :

Quelques articles à lire :

Compléter votre médiathèque :

Des patrons pour cosplayer : (les patrons sont des inspirations ou bases qu’il faut modifier pour obtenir le costume final ; la liste est non exhaustive)

La parole est à vous :

  • Qu’avez-vous pensé du film ?
  • Avez-vous été déçu ou agréablement surpris par ces interprétations des contes ?
  • Quel est votre film coup de coeur avec des costumes de Colleen Atwood ?
  • Qu’avez-vous pensé des costumes ?
  • Avez-vous d’autres liens à donner concernant cet article ?

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