Aujourd’hui je repars loin dans le passé avec un film de George Cukor, réalisé en 1964 : My Fair Lady.

Le Synopsis

Un professeur de linguistique peu orthodoxe prend le pari qu’il réussira à transformer une petite marchande de fleurs en une personne de la haute société rien qu’en lui apprenant à parler correctement anglais.

Ma critique du film

Vous le savez sans doute si vous lisez de temps en temps ce blog, j’aime particulièrement les comédies musicales. My Fair Lady fait donc fatalement partie de mon référentiel. Audrey Hepburn joue particulièrement bien le rôle de cette jeune fille conditionnée par son accent et non pas ses capacités. Il n’a d’ailleurs pas du être facile de parler aussi mal.

Le film est une comédie, c’est évident, mais il y a fond plus sérieux à l’ensemble : la cruauté du professeur, une critique de la haute société qui s’intéresse non pas à la personne, mais à ses manières et son passé, et bien entendu cette question qui reste à la fin : que peut-il advenir d’Eliza Doolittle ?

Outre son sujet, le film est magnifiquement réalisé : les décors, les costumes, les acteurs, tout mène le spectateur à se sentir immergé dans ce Londres d’un côté trop sale, de l’autre trop propre.

Un dernier avis : regardez le film en anglais … mais avec les sous-titres ! Sauf si vous êtes vraiment expérimenté en langages des rues … ce n’est pas mon cas.

Les costumes de Cecil Beaton

Après la simplicité de l’introduction florale, le film commence sur des tenues de soirée, de théâtre, qui offrent des tableaux aux couleurs chatoyantes, aux coiffures et chapeaux extraordinaire, et dans un style démesuré.

Une fois dans la rue, les couleurs s’estompent : c’est le noir qui prédomine parsemé de “tâches” de couleur. Mais d’une manière générale, la scène est chatoyante, brillante.

Et cela contraste d’autant plus avec l’aperçu que nous avons de l’environnement d’Eliza. Aucune couleur vive ne ressort. La rue est sombre, des tissus couleur terre recouvrent des étalages en bois. Et c’est de cet environnement qu’émerge Eliza, dans une tenue simple et sombre, composée de plusieurs couches pour parer au froid, avec un panier démesuré, à la fois pour elle et que le contenu de celui-ci.

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C’est d’ailleurs à cette occasion que nous rencontrons Freddy Eynsford-Hill (interprété par Jeremy Brett), qui ne regarde même pas Eliza, lui qui pourtant tombera amoureux au premier regard, une fois qu’elle est mise en avant. Un petit clin d’oeil supplémentaire à l’hypocrisie de la “haute société”.

Cherchant à vendre ses fleurs à la sortie du théâtre, Eliza va rencontrer à peu près en même temps, le Professeur Henry Higgins (interprété par Rex Harrison), et le Colonel Hugh Pickering (Wilfrid Hyde-White). Bien que ce dernier soit habillé beaucoup plus chic et donc avec des couleurs plus tranchées qu’Eliza, c’est lui qui est le plus proche en terme de tons de la jeune femme.

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Une fois cet épisode passé et Eliza “riche” des quelques pièces données par Higgins, elle retourne dans son quartier au milieu des personnes qu’elle connait et qui la connaissent, dans une ambiance familiale et naturelle où elle se permet de rêver d’une vie meilleure.

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Puis nous découvrons le père d’Eliza, un homme opportuniste, qui aime la boisson et les femmes et profite de la vie autant qu’il peut. Sa tenue est négligée, il porte un pantalon en velours et un veston, qui tendent à laisser une touche de chic, mais le tout dans un état déplorable. Ses deux acolytes ne sont guère mieux, mais les vestes qu’ils portent tendent à rendre le côté négligé moins visible.

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Alors que le père d’Eliza cherche à parler à la sa fille, nous retrouvons celle-ci au milieu du splendide marché aux fleurs. Mais elle se contente de trier les restes, les invendus pour elle-même revendre ses petits bouquets de violettes.

Sa tenue, la même que la veille, cintrée, boutonnée jusqu’au cou et rigide est en parfait contraste avec celle de son père, lâche et déboutonnée. Eliza se sent plus contrainte que son père et reste ferme devant ses demandes.

Mais la jeune femme hésite, le professeur qu’elle a rencontré la veille lui a donné des idées.

Et nous retrouvons celui-ci en compagnie du colonel, dans une bibliothèque remplie du sol au plafond. La tenue dans des tons bruns du professeur prend alors tout son sens : il est lui-même une encyclopédie vivante, il est donc assorti à son environnement.

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Eliza, quant à elle, a fait un “effort” vestimentaire. Mimiquant les frasques de la haute société, elle s’est parée de plumes et de couleurs. Et ses manières, son langage et son visage sale trahissent bien sûr ses origines … autant que sa tenue. Notons d’ailleurs qu’elle a gardé un tablier : comme si elle se préparait à aller travailler.

C’est à cette occasion que nous découvrons Mrs. Pearce, parfaitement à son aise dans cette maison qu’elle gouverne. Elle est assortie aux meubles, aux murs, aux décors. Elle fait partie de la maison.

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Introduite dans sa nouvelle chambre, Eliza n’en revient pas. Elle est en parfait contraste avec cette chambre élégante, blanche et propre. Et la jeune fille refuse d’abandonner son passé pour se laver. Mais elle ne va pas avoir le choix.

Au détour d’une rue, nous retrouvons le père d’Eliza, parfaitement à son aise dans ses vêtements de rue. Mais ce qui a attiré mon attention dans cette scène ce sont les Sufragettes, que l’on peut voir à plusieurs reprises, défilant dans leurs tenues violettes, à l’opposé des tons orangés de la rue.

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Quant à Eliza, elle s’adapte à son nouvel environnement. Elle est à présent coiffée et habillée plus proprement. Et la couleur de ses vêtements la rapproche de la couleur des meubles, mais avec une petite différence : un marron qui a une touche de violet, ce qui n’est pas sans rappeler les fleurs qu’elle vendait.

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C’est dans cette robe qui n’est pas en parfait accord avec ce qui l’entoure qu’elle va dans un rêve se rebeller contre le professeur et imaginer le roi et les gardes royaux dans leur rouge si représentatif.

Puis vient la scène où le père d’Eliza cherche à tirer parti de la nouvelle situation de sa fille. Il faut noter que malgré sa tenue débraillée, ses couleurs se marient bien avec la maison de Higgins. Monsieur Doolittle est un homme qui sait s’adapter en toute circonstance.

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Au fur et à mesure de ses leçons, Eliza se transforme et sa rapproche de plus en plus de son environnement en terme de couleur, à quelques exceptions près comme cette robe rouge rayée, mais qui ne dénote pas non plus complètement des livres derrières elle.

À l’occasion d’une chanson, nous voyons les domestiques de la maison se plaindre des leçons d’Eliza. Et c’est l’occasion de les découvrir dans toutes les situations. Et dans tous les cas, les domestiques sont accordés au décor, discrets, mais efficaces, présents, mais “invisibles” comme leur rôle le requiert.

Le moment où Eliza change complètement de tenue, pour revenir à une couleur naturelle, mais également plus profonde en teint, est également la scène de victoire où elle finit par prononcer les mots comme Higgins le demande.

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Au moment d’aller se coucher, trop excitée par ses progrès et la perspective de la réussite, Eliza parade dans cette robe, qui porte une petite touche florale à la taille.

Puis elle se laisse faire pour se retrouver dans une chemise de nuit à rubans d’un style également printanier, c’est l’espoir avec lequel elle renoue.

Passons à présent à ma scène préférée du film : Ascot !

Contrastant très fortement avec la simplicité d’Eliza ainsi que de la maison d’Higgins, Ascot est le symbole de la sophistication de la haute société. Le tableau est magnifique : tout en noir et blanc pour les femmes et gris pour les hommes, les tenues sont extravagantes, improbables, mais chacune travaillée à son paroxysme pour donner une impression générale d’élégance à outrance.

Je note ici que les tableaux sont figés, pour donner un sentiment de “tableau” véritablement. Ce n’est pas la seule scène du film qui propose cela, mais c’est la plus frappante. C’est probablement un clin d’oeil au fait que ce film soit issu d’une comédie musicale de Broadway : le rideau s’ouvre sur des acteurs qui posent et prennent vie ensemble sous l’oeil du spectateur.

Et une fois que les acteurs bougent, c’est un ballet minuté et millimétré qui s’expose à nos yeux.

Dans cet ensemble, nous retrouvons le professeur, qui dénote toujours dans une tenue brune. Il est accueilli par Mrs Higgins, qui bien qu’elle soit assortie à l’ensemble se distingue par une tenue qui est grise comme les hommes et non pas noir et blanc comme les femmes. Cela en dit long sur son caractère.

Eliza, quant à elle, est l’élégance même dans sa célèbre tenue blanche et noir en parfait accord avec Ascot dans son ensemble, accompagné par le colonel qui a joué le jeu dans son costume gris. Mais les fleurs rouges sur la tenue d’Eliza, probablement représentant son passé et son côté spontané que l’on découvre dans cette scène, sont quant à elles assorties à la pochette d’Higgins.

On retrouve Freddy, charmé par cette jeune femme pleine d’énergie, qui se retrouve plus tard dans sa rue, dans le même costume qu’à Ascot, mais avec un bouquet de fleurs qui dénote autant avec son costume que la personnalité d’Eliza dénote avec son monde.

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Nous voici à la fin de l’apprentissage d’Eliza avec le grand bal qui sera le test final du travail d’Higgins. La jeune femme descend l’escalier dans cette superbe robe blanche de soirée avec tiare, collier et gants blancs. Elle est vêtue de blanc, elle est neutre : il s’agit de son introduction dans la haute société et même auprès de la reine d’Angleterre, rien ne trahit ses origines et son passé.

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Pour se rendre sur place (et pour en revenir), elle est vêtue d’un manteau de velours rouge : un ornement digne d’une reine.

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Le tableau du bal est beaucoup plus clair que les précédents : les couleurs des femmes sont pastel et les hommes sont vêtus de smokings noirs et blancs, mais les tenues sont toujours aussi extravagantes.

Higgins a, pour l’occasion, joué le jeu d’être habillé comme les autres.

Après la fin du bal, Higgins et le colonel sont fiers d’eux, ils se détendent et se félicitent mutuellement, sans penser à Eliza qui est là, discrète.

Suite à sa dispute avec Higgins, Eliza sort pour reprendre ses esprits et tombe sur Freddy. Mais il est évident à leurs tenues qu’ils ne sont pas accordés, et malgré la gentillesse du jeune homme, Eliza ne se laisse donc pas tenter.

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Puis elle retourne dans son ancien quartier, cherchant sa place. Mais ici aussi sa tenue montre qu’elle est décalée avec son entourage.

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Elle tombe également sur son père, lui aussi transformé par sa nouvelle vie et il est évident qu’il n’est pas à l’aise avec sa nouvelle situation. Il est même habillé plus “chic” que Freddy.

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Pour finir, Eliza choisit de se rendre chez une des personnes qui a été le plus correcte avec elle, mais qui a également un caractère vif, proche du sien : Mrs Higgins. Elle y accueille le professeur en position de force, et a avec lui une discussion directe, qu’il n’apprécie guère. Sa tenue alors est légère, elle est plus à l’aise, bien que couverte des pieds à la tête. Elle revient à une couleur simple et un décor floral, prête à embrasser sa nouvelle vie au milieu des fleurs qu’elle aime tant.

Mais la dernière scène l’amène à retrouver Higgins chez lui. Elle n’a pas vraiment gagné, mais a trouvé sa nouvelle personnalité et sa nouvelle vie dans un environnement qu’elle ne connait pas qui ne lui ressemble pas vraiment.

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Pour aller plus loin :

Quelques articles à lire ou à regarder :

Compléter votre médiathèque :

Des patrons pour cosplayer : (les patrons sont des inspirations ou bases qu’il faut modifier pour obtenir le costume final ; la liste est non exhaustive)

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