Aujourd’hui, on replonge dans l’animation avec le film Les noces funèbres, de Mike Johnson et Tim Burton.

Le synopsis du film

Victor Van Dort (interprété par Johnny Depp) est issu d’une famille de nouveaux riches, qui espèrent le marier à la jeune Victoria Everglot (Emily Watson), de famille noble. Mais suite à un malentendu, Victor se retrouve fiancé à Emily (Helena Bonham Carter), morte depuis quelque temps déjà …

Ma critique du film

Fascinée par le travail de Tim Burton en stop motion depuis l’étrange Noël de Monsieur Jack, j’étais ravie quand un nouveau film du genre est sorti en 2005.  Bien que les histoires des deux films soient très différentes, ils ont des esthétiques très similaires et de nombreux points communs. Les noces funèbres est néanmoins plus “adulte” puisqu’il traite d’histoires de coeurs et de devoirs de famille.

Ce que j’aime particulièrement dans ce film ce sont les couleurs : le film est baigné dans des ambiances colorées très particulières, à la fois douces et sinistres, et surtout : le monde des morts est présenté comme plus coloré, plus joyeux et finalement plus vivant que le monde des vivants … un paradoxe qui prête à sourire, mais en tout cas très réussi dans ce film.

En terme de costumes également, bien que les personnages aient relativement tous des costumes uniques, je n’ai pas été déçu : qu’il s’agisse des rendus de matières, des styles vestimentaires variés, ou encore des ennoblissements divers, l’ensemble est très réussi.

Les costumes

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La première image “humaine” nous montre un Victor enfant, et nous met immédiatement dans l’ambiance d’un monde gris-bleu où la vie n’est pas plus colorée que la photographie elle-même. Le petit garçon est vêtu d’une tenue inspirée de la marine par le col et les rayures, et qui situe l’enfance du jeune homme autour de la deuxième moitié du XIXe siècle, à l’ère victorienne.

Puis nous découvrons Victor, un jeune homme fin et habillé simplement, dans un costume complet avec gilet et une cravate légèrement bleutée. Rien ne ressort réellement qui permet dans son costume de situer le personnage.

En suivant le papillon libéré par Victor, nous découvrons la ville et ses quelques personnages, et nous comprenons assez rapidement que différentes classes sociales se côtoient.

Une fois l’ambiance établie, nous rentrons dans le vif du sujet avec la chanson d’exposition qui nous permet de découvrir dans un premier temps les parents de Victor. La première image que nous apercevons d’eux est réalisée au-dessus du poisson qui surplombe leur calèche, puisque c’est la vente de poisson qui leur a permis d’acquérir la richesse nécessaire pour marier leur fils à la famille Everglot. Madame Van Dort est une femme tout en formes, et sa robe est complexe, tout en surcouches, en volants et surplombée d’un renard sur les épaules. Monsieur Van Dort ressemble plus à son film, et son habillement l’atteste. Bien qu’il soit vêtu d’une queue de pie démesurée, il est habillé plus simplement.

De l’autre côté de la rue, Monsieur et Madame Everglot observent leur nouvelle belle famille avec désespoir.

L’un et l’autre sont habillés plus simplement, de vêtements plus classiques et plus couvrants. Ils donnent immédiatement une impression de rigidité tout en montrant une allure plus maîtrisée.

Cela est confirmé par la première vision de Victoria, que l’on habille d’un corset très serré. Elle est présentée dans un premier temps en blanc, ce qui la montre moins cynique que ces parents, plus pure.

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Vient ensuite la première rencontre des promis. Victoria est à présent revêtue d’une robe bordeaux très foncé, le même que sa mère, couverte de rayures.

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Bien qu’ils ne soient pas dans la même gamme de couleurs, ils ont des éléments qui les rapprochent : les rayures de la robe de Victoria rappellent le motif du pantalon de Victor, et le filet de Victor se rapproche de la couleur de la robe de sa fiancée. Quant aux volants de la robe de Victoria, ils se rapprochent de ceux de Madame Van Dort.

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Pendant la répétition, nous découvrons le prêtre. Il est vêtu d’une tenue qui rappelle la coiffe d’un évêque, et lui donne un côté très cérémonial.

C’est également ici que j’ai remarqué que les deux familles, bien que dans les deux cas dans des gammes de couleurs sombres,  ne sont pas dans les mêmes tons. Les Van Dort sont habillés dans des tons plus bleus, tandis que les Everglot sont vêtus de tons plus chauds. Victor est au croisement de toutes ces couleurs dans sa tenue.

Après l’interruption de la répétition et la fuite de Victor, c’est Lord Barkis que nous découvrons mieux : sa tenue laisse dans un premier temps penser à de la simplicité, mais de nombreux détails, comme les volants des manches ou le jabot, donnent une impression plus complexe que les autres costumes.

Une fois dans les bois, Victor se relaxe et cherche à répéter ses voeux. Sa tenue s’assortit mieux avec son nouvel environnement et cela laisse effectivement penser qu’il est immédiatement plus à l’aise.

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Mais c’est également les complications qui arrivent avec la renaissance d’Emily, qui surgit de la terre tel un zombie.

Immédiatement son costume apparaît en lambeaux : des brides de tissus sont accrochées à ses bras ou plutôt à ses os dans certains cas et sa robe laisse voir ses côtes. En revanche, les détails sur ce costume sont époustouflants : les broderies du voile, la couronne de fleurs séchées (ou plutôt desséchées), la dentelle ou encore les perles brodées sur le corsage laisse comprendre la richesse et la beauté de la robe originale tout en identifiant immédiatement la tenue comme décrépie.

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Cette rencontre avec Emily va amener Victor à se retrouver dans le monde des morts. Et c’est à ce moment-là que la vie revient à l’écran. Les couleurs sont vives, nombreuses, et pas forcément très assorties. Les styles vestimentaires s’enchaînent avec notamment ces deux militaires visiblement d’armées ennemies. Le tableau est joyeux et l’on a finalement du mal à plaindre Victor, qui lui-même a repris quelques couleurs au passage, ne serait-ce que dans les lumières qui l’éclairent.

Je note au passage que même les squelettes “nus” peuvent avoir des “costumes” : par exemple le chanteur et son très beau chapeau melon en feutre. Le réalisme est tel que le spectateur peut avoir l’impression de le toucher.

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En se servant de la crédibilité et de la gentillesse d’Emily, Victor réussit à revoir Victoria et à lui expliquer la situation. À ce moment du film, où ils se déclarent également leurs flammes, la nuit à recouvert la scène d’une ambiance sombre, et qui rend leurs deux costumes encore plus assortis qu’auparavant.

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Mais Emily découvre la supercherie et s’interpose : dans le monde des vivants sa peau et sa robe sont bleus et ressortent fortement : elle ne fait pas partie de ce lieu et se montre donc immédiatement comme une présence surnaturelle.

En contraste avec sa différence avec Emily, Victor tend une main vers Victoria, dont il est parfaitement assorti.

Désespérée, Voctoria se rend chez le prêtre qui devait la marier ruisselante de pluie et couverte d’un simple plaid. Nous remarquons alors que les vêtements de nuit du prêtre gardent visible son statut : comme si sa protubérance sur la tête ne pouvait être diminuée.

Résignée à ne pas pouvoir retrouver Victor, la jeune fille doit se préparer à se marier : elle porte une robe de mariée très simple, uni blanche, avec pour seul décor des boutons au milieu devant, et un voile très long qui cache sa silhouette de dos.

Lord Barkis quant à lui n’a même pas pris le temps de changer de tenue : ce qui montre bien le grand cas qu’il fait de ce mariage.

De son côté, Victor se résigne également et s’engage à tenir ses promesses. Reprenant de plus en plus de couleurs, il annonce son mariage à Emily, pendant lequel il compte se tuer pour elle.

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Je note au passage la petite touche d’humour des araignées couturières qui lui rafistolent (de manière très professionnelle) son costume pour que Victor soit présentable.

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Dans la scène suivante, les morts remontent à la surface et doivent donc faire face aux vivants terrifiés. Mais certaines personnes reconnaissent des liens de parenté et les couleurs des vêtements se mélangent : les morts portent des couleurs moins vives, atténuées par les lumières du nouveau monde qui les entoure, tandis que les vivants sont éclairés de couleurs plus vives qui teintent leurs noirs et leurs gris. C’est donc un ensemble plus cohérent qui se rend à l’église pour assister au mariage.

Seule Victoria est toujours vêtue de sa robe de mariée blanche et se détache du reste. C’est également le cas d’Emily et de sa robe bleue qui ressort. Dans un sens, Emily est la version couleur de Victoria.

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Dans cette scène finale où Emily exerce sa vengeance sur Lord Barkis et libère donc Victor de sa promesse tout finit donc pour le mieux : et Emily se dissolve dans une nuée de papillons : papillons qui sont identiques à celui étudié par Victor au début. La boucle est donc bouclée.

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Pour finir, j’ajouterai que Victor a donc bien depuis le début un lien avec Emily, malgré sa ressemblance évidente avec Victoria : son étude du papillon, sa cravate bleue et les fleurs qu’il touche chez les Everglot, par exemple.

Pour aller plus loin :

Quelques articles à lire :

Compléter votre médiathèque :

Des patrons pour cosplayer (les patrons sont des inspirations ou bases qu’il faut modifier pour obtenir le costume final ; la liste est non exhaustive)

La parole est à vous :

  • Avez-vous aimé ce film d’animation ?
  • Si vous avez vu les deux, préférez-vous celui-ci ou l’étrange Noël de Monsieur Jack ?
  • Pensez-vous que Tim Burton réussit mieux la direction d’acteurs ou le stop motion ?
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