Aujourd’hui, repartons dans les contes de fées, à travers le film de Terry Gilliam : les Frères Grimm.

Le Synopsis

William et Jacob Grimm sont des arnaqueurs professionnels qui voyagent à travers le pays en utilisant les superstitions du peuple pour s’enrichir. Mais lorsqu’ils se retrouvent plongés au coeur d’un véritable conte de fées, il vont devoir dépasser leurs peurs et leurs différents pour atteindre une fin heureuse …

Ma critique du film

Les contes de fées sont issus d’univers qui sont aptes pour moi à faire rêver les grands comme les petits. Profondément ancrés dans notre culture européenne, les contes de Grimm ont bercé nos enfances et ont toujours une résonnance aujourd’hui. Fasciné par ces contes, c’est avec curiosité que j’avais été voir à l’époque de leur sortie les Frères Grimm au cinéma.

Bien qu’il ait déçu de nombreux spectateurs, le film m’avait plu. Les trois points forts du film sont pour moi : le scénario, les costumes, et l’intégration des contes dans le récit.

Le scénario est sans doute la partie la plus discutable de mon argumentaire. Je ne prétends pas être représentative de l’opinion du public, bien évidemment. Ce qui m’a plu dans cet aspect est le profil d’arnaqueur qui a été donné aux deux frères. Lorsqu’on pense aux frères Grimm (et à leurs contes) on imagine effectivement des écrivains, des voyageurs, mais jamais deux frères qui exploitent les superstitions. C’est cet angle de vue qui donne selon moi plus de vie aux personnages. De plus, la querelle entre les deux frères est particulièrement crédible et vivante et leur donne plus de profondeur.

En ce qui concerne les costumes, je vais évidemment en reparler, mais d’une manière générale, je trouve que le travail effectué ici est particulièrement réussi, et finalement presque plus approfondi que le scénario (qui reste tout de même assez léger d’une manière générale).

Pour finir, les contes de fées, dans un film qui parle des frères Grimm, ne pouvaient qu’avoir leur importance. Mais le plus ici vient d’une intégration subtile du conte dans le récit et surtout dans les images. Je pense ne pas les avoir tous vus (ou reconnus), mais j’en ai tout de même détecté un certain nombre. Ici, les contes que nous connaissons sont suggérés et mélangés pour créer un conte nouveau pour l’histoire principale, et qui reste donc un mystère au cours du film.

En conclusion, c’est un film que je conseillerai volontiers pour la qualité du travail effectué dessus, que ce soit pour les lumières, les décors, ou même le scénario. Il faut néanmoins le regarder avec un oeil critique et un peu de distance : un bon divertissement somme toute.

 

Les costumes de Gabriella Pescucci et Carlo Poggioli

Pour trouver les noms des costumiers, je me suis basée sur imdb, car allociné en cite quatre différents, et sans ordre de priorité.

L’histoire

Le film commence dans la maison des frères Grimm alors qu’ils sont encore enfants. Les costumes et le décor nous indiquent immédiatement que l’environnement est pauvre. La scène est sombre, tout comme l’histoire. Alors que Jacob revient en ayant vendu la vache pour des haricots, la discorde entre les deux frères est évidente : leurs vêtements ne sont pas du tout de la même couleur et ils se battent. Paradoxalement, c’est le petit garçon rêveur et qui croit aux contes de fées qui est habillé le plus sombre. Il a un chapeau avec une forme peu commune pour un enfant pauvre. Son costume est noir est râpé. Quant à Will, il est assorti à la pièce, et à sa mère. Il est évident au premier abord qu’il a mieux compris la réalité des choses. Il ne vit pas dans un rêve, il ne croit pas aux superstitions : il a la tête sur les épaules.

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Des années plus tard, les deux hommes adultes font leur entrée dans une ville. Ils sont fortement couverts, car il pleut averse. Leurs deux chapeaux sont légèrement différents, leurs silhouettes également. Les costumes les marquent clairement comme une entité dont chaque individu a son caractère propre. Ce sont des vêtements de voyage qu’ils portent.

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Le noir dont ils sont tous deux vêtus semble laisser entendre que c’est dans la direction du petit Jacob que leurs esprits sont allés : croient-ils à présent tous les deux aux contes de fées ?

C’est ce que l’histoire laisse entendre dans un premier temps. Et leurs tenues les montrent comment des personnages importants, qu’il faut écouter. Ils sont assortis aux costumes de la milice, mais pas à ceux du peuple.

Les costumes des paysans sont beaucoup plus clairs. Ceux-ci portent également moins de couches superposées. Ils sont plus crédules, plus fragiles, et les frères Grimm sont visiblement là pour les aider.

La scène est bleue, sombre.

Lorsqu’ils tentent de vaincre la première sorcière du film, les deux frères s’affublent d’instruments étranges et d’armures brillantes : l’ensemble cliquant formé par les pièces de costumes donne un côté étrange à la scène. Bien que tout soit patiné, on imagine mal ce type de vêtements et d’accessoires pour l’époque.

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À peine la scène de victoire terminée, la supercherie est dévoilée et le spectateur voit l’envers du décor : des accessoires de théâtre, des costumes, du maquillage et le tout parfaitement patiné pour le rendre crédible.

La scène est passée très rapidement d’une ambiance bleue à une ambiance jaune : le côté sombre a disparu et la tromperie est dévoilée au “grand jour” (ou en grande lumière).

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Juste après ce désenchantement du spectateur quant à l’héroïsme des frères, le mystère qui va les emmener dans le surréel s’annonce. Tous les éléments d’un récit sont présents : une situation initiale, un lieu mystérieux, un personnage charismatique et un bouleversement dans l’action.

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Mais nous revenons vite à la vie des frères Grimm qui profitent avec excès des avantages que leur confèrent leurs victoires.

Les costumes des frères sont mieux assortis à l’environnement : ils sont acceptés comme des héros par la ville. Nous découvrons à l’occasion le côté séducteur de Will qui détend n’importe quelle situation en parlant.

Réveillés au beau milieu de la nuit par Cavaldi, les deux frères sont en petite tenue : plus de manteaux noirs pour leur donner des allures de sauveur, plus de gilets ou de foulards pour leur donner une prestance : ils sont en chemise, visiblement interrompus dans leur sommeil et c’est Cavaldi qui est à présent en noir et a donc le pouvoir sur eux.

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La scène suivante est éclairée de blanc : la lumière du jour nous montre que leur supercherie est dévoilée à plus grande échelle et non pas uniquement au spectateur.

Le gérénal Delatombe est vêtu d’un uniforme bleu est doré qui le distingue clairement des autres.

À côté de lui une servante est habillée plus “local”, mais très propre sur elle : nous ne sommes donc clairement plus à la campagne.

Les deux frères en revanche sont clairement en infériorité : toujours dans leurs sous-vêtements, entourés de personnes menaçantes.

De retour à Mabaden, le spectateur comprend que la situation est plus grave que ne le pensent les deux frères. L’ambiance est mystérieuse, nous comprenons clairement la référence au conte de fées, et la petite Gretel disparait, enlevée par un être inquiétant.

Emportés de force sur place, les frères Grimm ne sont pas à l’aise. Ils sont dans des tenues sombres, mais moins imposantes que dans la ville précédente. Ici, ils ne sont pas en supériorité : ils sont accompagnés par l’ennemi et menacés de toute part par les villageois.

Les villageois ici sont aussi pauvres que dans la ville précédente, mais nous les voyons mieux à l’image : des vêtements usés, abimés, tâchés, qui sont assortis à leurs visages fatigués et inquiets.

Malgré le fait qu’ils se sentent mal à l’aise, les deux frères tentent d’assumer la même position qu’auparavant : une position de force. Et cela est possible parce qu’ils sont en contraste dans leurs vêtements avec les villageois, et parce que William est debout.

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Pour avancer dans leur quête, Will et Jack cherchent une aide (comme souvent dans les contes, il faut le rappeler). Ils rencontrent donc Angelica, la trappeuse. Au premier regard, ils ne s’aperçoivent d’ailleurs pas qu’il s’agit d’une femme : nous la découvrons de dos, tête couverte par une peau d’animal et avec un pantalon. Rien dans son costume ne marque sa féminité.

En fonction de la lumière, son costume est assez coloré, d’une couleur de bois.

Fidèle à leurs habitudes et tâchant de garder la tête haute, malgré leur inconfort, les deux frères remettent leurs costumes de métal pour faire illusion. Angelica est habillé quant à elle beaucoup plus simplement et ne semble pas dupe de leurs supercheries.

Au coeur de la forêt, si les deux frères cherchent à garder leurs artifices, Angelica leur prouve que leur logique ne sert à rien. Elle se fie à ses instincts et à ses connaissances, et a l’air beaucoup plus à l’aise qu’eux au coeur de la forêt.

Au coeur de la forêt, elle leur raconte le récit de cette reine qui a cherché à échapper à la mort. Les costumes du conte sont ici magnifiques et impressionnants, démesurés et surchargés, comme des tableaux, et avec des couleurs très tranchées, très vives qui ne ressemblent pas à la “réalité” des personnages.

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Vient ensuite la réalité d’un conte horrible sous les yeux des deux frères, et les détails sur le costume de la petite fille dans cette scène sont particulièrement travaillés.

La chemise brodée et ajourée est presque trop riche pour une fille de paysan, mais elle donne un côté innocent au personnage.

À la poursuite du cheval qui a mangé, la petite fille, les deux frères et Angelica se retrouvent dans la forêt. La jeune femme est d’ailleurs peu habillée puisqu’elle est bras nus, en chemise.

À l’issu de cette scène, Cavaldi emmène les deux frères, et Angelica dans les donjons du Général français. Ici, le contraste entre Cavaldi (sali, débraillé et paniqué) et le général, habillé pour recevoir, est frappant.

Une fois les deux personnages descendus aux salles de torture, il est évident que Cavaldi est plus proche des prisonniers que du général en terme d’allure.

Notons ici l’ironie d’une pièce de torture, animée par de la musique. L’ambiance ici est rouge, chaude et les chemises claires prennent la chaleur de la scène.

De retour à Mabaden, la lumière y est beaucoup plus franche. Les costumes des frères sont de nouveaux noirs, et ils sont montés sur des chevaux blancs. Ils ont à nouveau des allures de héros.

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Angélica, quant à elle, a repris des allures plus féminines avec une robe rouge, décolletée. Dans cette scène, elle se rapproche des deux frères et se montre moins dure, plus sensible à leurs histoires et à leurs différents.

Jacob est à nouveau le plus rêveur des deux dans sa tenue très sombre, tandis que William avec son gilet laisse plus de place au blanc et donc dans un sens plus de place au côté influençable. Il ne sait plus trop où il en est et est prêt à se laisser guider par la jeune femme.

Mais finalement le moment où Angelica se montre la plus femme est celui où Cavaldi la maintient captive pour motiver les deux frères.

Au coeur de la forêt, nous retrouvons Jacob, aidé par ses deux acolytes, prêt à risquer sa vie pour ses croyances. Les trois personnages sont vêtus plus légèrement, de couleurs claires. Dans la forêt, les trois personnages sont impressionnables et prêts à croire tout ce qu’ils voient. Ils sont donc dans la même position que les villageois au départ.

Après la disparition de la petite fille dans le village, William la voit apparaître dans les bois : elle est vêtue d’une robe très complexe, richement brodée, qui n’est pas sans rappeler une icône orthodoxe. Retirée de l’eau par l’homme qui avait kidnappé Gretel, elle est placée dans une tombe.

Et elle est néanmoins sauvée puis ramenée au village, toujours inconsciente. Sa tenue dénote avec celle des villageois.

Jocob, pendant ce temps, visite la tour de la reine. Il fait d’ailleurs la rencontre de celle-ci à travers le miroir et se laisse presque influencer.

La robe de la reine est rouge, comme l’était celle d’Angelica avant son départ.

De retour au village, la milice française a pris le contrôle. Les uniformes contrastent avec le côté pauvre des habitants du village. Dans les tenues de ceux-ci, tout est semblable, et tout est utile. Au contraire, sur les uniformes, très peu d’accessoires sont utiles, et tout est lié à l’apparence.

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Le général ordonne la mise à mort par le feu des deux frères et c’est une Angelica déguisée en loup qui va les sauver.

Ce choix de costume va créer le lien avec la transformation du loup-garou qui redevient son père par la suite. Bien qu’elle n’ait pas encore compris, son intuition l’emmène dans la bonne direction.

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Mais c’est au moment de cette révélation que son destin va également se sceller : elle fait partie des jeunes filles kidnappées et c’est donc son père qui la dépose dans la tombe.

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La lumière qu’apportait Angelica sur la forêt par ses connaissances et ses croyances est à présent partie. Les tenues des frères sont donc éclairées de manière sombre. À présent ils croient au conte : ils sont habillés de manière similaire et dans une tenue légère, fragile. Ils ne sont plus en position de force et ne savent plus bien ce qu’il faut faire.

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S’ensuit un combat contre les forces rationnelles de soldats : le général et ses assistants prennent alors des alures de zombies, particulièrement celui avec la perruque décoiffée.

Au moment le plus critique, le rouge est de rigueur. Le côté sanglant du meurtre transparait donc sur l’image.

Du haut de sa tour, la reine est sur le point de gagner. Elle fait du chantage à Jacob en mettant en péril la vie de son frère.

Mais Jacob, qui est celui qui croyait aux histoires depuis le début, cherche à ne pas succomber au mal et brise le miroir. Il est le seul qui ne soit pas teinté par la reine, qui ne se laisse pas influencer. Il est donc le plus fort au final.

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Après leur victoire sur la reine, tout est bien qui finit bien et les couleurs reviennent sur le film, dans un semblant de soleil couchant doré et brillant.

À présent, toutes les couleurs sont claires et les tenues des frères montrent qu’ils ont laissé les artifices pour croire, tout simplement.

Les contes

Dès les premières scènes du film, le conte de fées est présent. Jacob revient avec des haricots magiques, qui ne le sont malheureusement pas.

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La première image du village de Mabaden que nous avons est celle du petit chaperon rouge : une cape rouge vif qui ressort bien sur le vert de la forêt, une petite fille innocente, et une disparition soudaine.

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Plus tard, c’est Hansel et Gretel que nous retrouvons dans la forêt. Ici, il est amusant de voir que le conte originel où il est question d’une maison en pain d’épice (dont Gretel parle assez rapidement) est mélangé avec le petit poucet puisque Hansel jette des bouts de pain par terre pour retrouver son chemin.

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Toujours au coeur de la forêt, Angelica raconte aux deux frères le conte de la reine, qui emprunte beaucoup au conte de Raiponce, avec la tour impénétrable et visuellement les longs cheveux qui descendent le long.

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Un peu plus tard, dans le village, la vieille dame qui avait indiqué Angélica comme étant maudite, vient apporter une pomme rouge aux deux frères. La référence à Blanche Neige est clairement visible ici.

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De manière un peu plus subtile (bien que ce soit dit dans le texte), Cavalli fait référence à Cendrillon en s’adressant aux deux frères qui font le ménage pour lui.

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Pendant la scène où le cheval mange la petite fille, j’ai cru reconnaître une allusion au loup du petit chaperon rouge. Néanmoins, le conte ayant déjà été cité précédemment, je n’en suis pas sûre et il s’agit peut-être d’un autre conte qui m’est inconnu.

Encore plus tard, une nouvelle petite fille est kidnappée de manière supernaturelle puisqu’elle se transforme en bonhomme de boue, un bonhomme qui rappelle un certain petit bonhomme en pain d’épice, avec notamment l’allusion qu’il a “bon goût”.

Puis la petite fille est placée dans une tombe, et un sort étrange lui procure des pantoufles de verre (et non pas vair) en référence au conte de Cendrillon (dans sa version transformée).

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Au moment où Angelica sauve les deux frères du bucher, elle est vêtue d’une peau de bête. Je pense qu’il s’agit là d’une référence à Peau d’âne, bien qu’il s’agisse d’un loup plutôt qu’un âne.

Alors qu’Angelica est endormie dans une tombe, la référence à la Belle au Bois dormant est évidente.

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À la toute fin du film, il est évident que la reine est dépendante de son miroir magique. Ici, je vois une référence au conte originel de la Reine des Neiges (et non pas la version Disney). Il est notamment question d’un bout de verre dans le coeur de ses victimes.

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Il y a sûrement d’autres contes que je n’ai pas repérés, mais j’ai l’impression d’avoir fait déjà un bon tour d’horizon.

Pour aller plus loin :

Quelques articles à lire :

Compléter votre médiathèque :

Des patrons pour cosplayer : (les patrons sont des inspirations ou bases qu’il faut modifier pour obtenir le costume final ; la liste est non exhaustive)

La parole est à vous :

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  • Avez-vous été déçu ou agréablement surpris par ces interprétations des contes ?
  • Qu’avez-vous pensé des costumes, réalistes ou trop extravagants ?
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