Aujourd’hui, j’avais envie de parler d’un très beau dessin animé de Jorge R. Gutierrez, La légende de Manolo (plus connu en anglais sous le nom The Book of Life).

Le synopsis du film

Au centre du monde, dans le village de San Angel, deux garçons s’affrontent pour gagner le coeur de celle qu’ils aiment …

Ma critique du film

Je suis depuis longtemps fascinée par cette légende de la nuit des morts au Mexique, que j’ai découvert comme faisant partie des traditions à l’origine d’Halloween. De plus, les arts mexicains autour de cette tradition sont colorés, présentant un “autre monde” plus original que le nôtre, et laissant donc une perspective positive vers laquelle se tourner.

En effet, le monde des morts mexicains rappelle plus le monde d’en dessous des noces funèbres de Tim Burton, que celui d’un film de zombies, par exemple, et j’aime cette idée d’un monde vivant (si je puis dire) et coloré.

Au-delà de ça, j’avais eu l’occasion de voir une prestation cosplay au concours européen de 2016 sur le film, que j’avais beaucoup aimée, et j’avais eu envie de voir le film, rien que pour les costumes.

C’est donc récemment que j’ai eu l’occasion de le voir, et il m’a ravi. L’histoire est riche, pleine de rebondissements et de leçons de morales efficaces, mais peu communes. C’est un film divertissant, mais également intelligent, que je conseille sincèrement en famille.

Les costumes

Bien que les costumes changent peu dans le film, ils ont pour moi une forte part dans la manière dont les personnages sont appréhendés et identifiés.

  • Le monde d’aujourd’hui

Commençons par le commencement, avec l’introduction de personnages actuels, dans un contexte contemporain : des enfants un peu difficiles vont visiter un musée. Une jeune guide les emmène dans un endroit non ouvert au public et leur raconte la fameuse légende de Manolo.

2

La guide est dans une couleur bleu clair qui donne une impression de légèreté, et de confiance. Les enfants n’hésitent pas à la suivre. Quant aux enfants, bien qu’ils soient tous en uniforme, ils ont visiblement chacun leur personnalité, et cela se voit dans leurs vêtements.

Au-delà de ça, nous voyons très peu le monde actuel, qui ne sert qu’à supporter les émotions sur spectateur vis-à-vis de l’histoire.

 

  • Les divinités

Le début de l’histoire commence par une explication du livre, mais surtout une présentation de la hiérarchie divine.

Tout d’abord, le “candle maker” qui semble être en quelque sorte le Dieu suprême, car il crée la vie, mais sans pour autant se situer au-dessus des autres. Il n’intervient pas plus que cela. Il ne porte pas réellement de costume : il est très simple et sa personnalité se révèle plus par des accessoires et des tatouages.

5

Puis La muerte et Xibalba sont présentés. La première est clairement parfaitement représentative du premier monde des morts, dans sa robe couleur de passion, un immense chapeau couvert de fleurs, et des bougies (symboles de vie dans le film) brûlantes sur sa robe, alors que l’autre représente plus le mal, la mort définitive et l’oubli, comme le royaume qu’il dirige, avec ses vêtements déchirés, ses couleurs, le noir, couleur du deuil, le vert, couleur du mal, et le violet, couleur du deuil dans la religion catholique. Ces ailes sont clairement une allusion à Lucifer, l’ange déchu qui règle sur l’enfer, tandis que ses décorations tentaculaires me rappellent plus pour ma part Beetlejuice et son serpent de sable.

3

Ils sont capables de changer de forme, comme ils le montrent à plusieurs reprises dans le film, et les autres personnalités qu’ils choisissent sont bien plus humbles et discrètes que leurs apparences divines. Une fois changés, leurs couleurs se rapprochent plus l’un de l’autre, et l’on sent plus leur rapprochement.

4

  • Les trois enfants, du début à la fin

Ils sont évidemment au coeur de l’histoire, Manolo, Maria et Joaquin sont le trio qui crée l’enjeu principal et les différents rebondissements du film.

6

Ce qui est notable ici, c’est que du début à la fin les costumes montrent que les trois enfants sont différents et qu’ils ont chacun leur personnalité propre. Mais dès la première scène, nous pouvons remarquer que Manolo et Maria portent plus des couleurs similaires que Joaquin, qui porte le bleu de son futur uniforme.

Au moment de leur séparation, Maria représente un enjeu sur lequel ils vont fantasmer, il est donc normal qu’elle soit plus neutre, et plus féminine ici que dans la scène précédente. Elle porte du blanc et du noir, dans une tenue à rayures qui représente une prison. Les deux garçons également ont cherché à se montrer plus matures avant son départ : Manolo porte une cravate, tandis que Joaquin a déjà adopté son uniforme.

7

Après le départ de Maria, nous voyons les deux enfants grandir, et se parer chacun d’une couleur. Le bleu reste constant chez Joaquin, qui cumule médaille sur médaille sur son torse, alors que le noir devient prédominant sur Manolo, pour s’assortir au taureau, alors que le rouge reste sur lui, mais plus caché, sous ses bras et sur ses jambes, plus discret.

 

Alors que les deux hommes cherchent à conquérir la belle Maria, revenue de son exil, nous pouvons voir la différence d’approche :

  • Manolo est discret, peu sûr de lui, et le noir montre son envie de se faire plus petit que Maria
  • Tandis que Joaquin sait que la gloire le met en valeur et il cherche à faire valoir ses exploits avant tout.

 

Au moment où Manolo rejoint le royaume des morts, les couleurs de sa tenue s’intensifient et les médailles ressortent plus, notamment parce que son visage a pali.

 

Et comme pour s’accorder à la nouvelle couleur de peau de leur ami, Joaquin et Maria se mettent en blanc, pour célébrer leur mariage.

Après ses périples au royaume des morts, Manolo revient donc à la vie pour combattre le danger qui menace sa ville et l’on remarque alors un changement, bien que les costumes soient fondamentalement restés les mêmes :

  • Manolo est plus fier de lui, le noir qu’il porte semble correspondre à la mort qu’il a traversée et vaincue
  • Et Joaquin pour sa part est diminué : il a perdu une écharpe, et cela montre que sous sa couche de médailles et de gloire, il reste un homme simple.
  • Maria, quant à elle, montre son courage, sa passion, et le rouge de sa jupe prend alors tout son sens

14

Pour terminer, c’est dans une robe blanche, mais en acceptant Manolo tel qu’il est, que les deux amoureux se marieront à la fin du film.

15

 

  • Les autres personnages

Bien que l’histoire tourne autour de quelques personnages seulement, nombre d’autres figures sont présentes, plus ou moins discrètes et importantes.

  • Le père de Maria :

Si le père de Maria est un peu dur avec elle quant à ses choix personnels et amoureux, on sent pour autant qu’il ne pense au final qu’au bien de son enfant et au bien du village. Sa tenue, bien que couverte de médailles comme Joaquin, montre son attachement au jeune homme, mais le fait que les couleurs soient si particulières montre également qu’il est à part.

16

C’est un militaire, mais le seul qui ne s’habille pas en bleu. C’est un père, mais il ne comprend pas forcément toujours sa fille, etc. Finalement, sa tenue est une couleur de terre, comme pour montrer qu’il a avant tout le village dans son esprit pour guider ses choix.

  • Les musiciens :

Si les trois musiciens jouent plus un rôle de clown qu’autre chose, on notera néanmoins que leurs tenues sont rouges, comme pour montrer à Manolo que c’est la musique qui séduit la belle Maria avant quoi que ce soit d’autre.

18

C’est donc un rappel vivant que la passion de Manolo se situe bien dans la musique et non pas dans le combat de taureau, qui ne verse aucune trace de sang dans ce film au final.

  • Les femmes du village et les autres villageois :

Ici, j’avais envie de noter deux détails amusants : d’un côté les villageois, dont les chapeaux sont plus extraordinaires les uns que les autres, mais pour qui tout artifice disparait lorsqu’il s’agit de prendre soin de leurs morts.

19

Et de l’autre les femmes, qui sont toutes les mêmes, mais très différentes de Maria, la faisant d’autant plus ressortir. Elles ne sont pas sans me rappeler les trois femmes fans de Gaston, dans la Belle et la Bête.

17

  • Les méchants :

Pour finir, même si ici les “méchants” ne sont présents que pour précipiter l’histoire et les décisions, la troupe de Chakal porte également des couleurs neutres, sombres et surtout, à part pour le chef, les costumes sont finalement peu visibles, et seuls les accessoires ressortent, comme une sorte de technique d’intimidation.

20

  • La famille de Manolo :

Pour terminer, j’avais envie de parler de la découverte de la famille de Manolo. Car finalement c’est au royaume des morts qu’il découvre l’importance de sa famille et c’est ensemble qu’ils vont réussir la mission de sauver la ville.

 

C’est également en observant cette famille plus que les autres que nous pouvons mieux voir la différence  de couleurs et de vie entre le royaume des vivants et celui des morts. Avec sa famille de deux, Manolo vit dans un monde assez triste, alors qu’une fois entouré de ses ancêtres, il découvre une diversité dans les personnalités et les caractères qui l’encouragent finalement à devenir lui-même.

23

Notons que la personne qui lui ressemble le plus dans la famille est sa mère, de laquelle il est visiblement proche et qui l’encourage dans sa crise identitaire.

Pour conclure, je conseille fortement ce très beau conte.

Pour aller plus loin :

Compléter votre médiathèque :

Des patrons pour cosplayer (les patrons sont des inspirations ou bases qu’il faut modifier pour obtenir le costume final ; la liste est non exhaustive)

La parole est à vous :

  • Avez-vous aimé ce film d’animation ?
  • Connaissiez-vous cette croyance mexicaine ?
  • Trouvez-vous intéressant de montrer au grand public des légendes étrangères, quitte à les simplifier ?
  • Avez-vous des liens à donner concernant cet article ?

Dites-moi tout en commentaire …

 

Advertisements